LES GRANDS OURS DEMENAGENT

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Eh oui, nous sommes de retour en France (ça fait six mois et nous atterrissons à peine, enfin), et voici venu le jour d’un nouveau blog, une suite « française » aux grands ours, avec des histoires de lecture, des histoires de gens, des histoires d’artistes, des histoires de tous les jours… en attendant d’autres voyages.

Le blog? http://lesgrandsours.wordpress.com/mot-cleftrain/

Pour la collection d’articles :-)

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Journal de Madame

Ecrit par Ambre dans la catégorie France, Le journal d Ambre 1 Commentaire »

Il ne faudrait pas que le journal des grands ours devienne un bulletin annuel. Alors Madame F… se décide à écrire.

Il est quand même temps de se poser la question suivante: les grands ours sont-ils toujours les grands ours s’ils ne voyagent plus?
J’ai assez parlé de ce que c’est que le voyage pour laisser penser que nous voyageons toujours.. même si, je l’avoue, c’est un peu pour me rassurer. Ce n’est pas si vrai que de se brosser les dents c’est voyager, même si ce n’est pas faux non plus. J’adore la relativité.

Donc voilà. Les grands ours se sont mariés. On ne raconte jamais ça. Je raconte qu’à la frontière Mr Bidulou nous gratte 1 euro, que j’ai peur de mourir dans tel motel croupissant, que dans tel pays exotique un homme et  une femme unissent leurs deux familles selon telle tradition, et je ne raconte pas comment se déroule un mariage en France, comment s’est passé notre mariage. Pourtant, c’est du croustillant, du frais, de la viande pour ours curieux. C’est qu’on ne veut pas faire d’une union un article, quelque chose de journalistique. Trop tard: on est dans Var Matin.

Les grands ours nous suivent, mais ils muent un peu. Je dessine sans réfléchir pour faire un livret, pour l’église, et il sort ça:

… Il sort des mariés de la peau de l’ours. On ne peut pas dire que le voyage, sous la forme qu’il a pris pour nous, le grand voyage, ne se poursuive pas ici, aux portes de l’église Saint-Louis. On se marie parce qu’on a voyagé, parce que, tout bonnement, le voyage nous a fait pointer le doigt l’un sur l’autre, et aussi parce qu’il nous a fait réaliser que l’on n’existe pas sans une culture (quand bien même elle serait celle de ne pas en avoir, de ne pas vouloir en avoir, de croire ne pas en avoir, etc). Nous portons en nous le poids d’une éducation qui nous rattrape, et l’observation du monde nous ramène à nos fondations, fragiles ou non; l’Autre nous ancre, nous situe. Ce Dieu qui nous concerne tous, ce mot vide de tout, pointe le doigt sur nous. On veut s’offrir une alliance, avec comme témoins nos amis, nos familles, et le monde entier dans la lumière d’une bougie, d’un vitrail qui fait entrer dans un lieu le même soleil que partout, on veut partager en égoïstes. Moi qui me croyait si loin de ces tentations de codifications et autres jeux humains… Je n’ai plus peur.

Mais le jour J me montre encore autre chose. Je ne me sens pas vraiment chez moi dans mon corps de mariée, et heureusement, le mariage n’est pas un lieu. C’est du temps. Quoi qu’on en dise, la coutume veut que les cérémonies soient des actes théâtraux. Rien de bien méchant, il faut juste être un peu moins moi: ne pas marcher comme avec des baskets, ne pas passer ma main dans les cheveux de Loïc, ne pas mettre la langue… faire les choses dans l’ordre.

Je crois que je n’ai pas réalisé que je me mariais, qu’il fallait se préparer vraiment.

Le 24 au matin, je me lève à huit heures. A neuf heures, je suis chez le coiffeur.

Je ressors à onze heures avec les cheveux collants et la figure figée par une tonne de laque. J’arrive en courant chez moi, nous sommes censés partir à 11h45, et il est 11h20. Je m’habille vite fait, je vais dans le salon où tout le monde s’affaire, et ma soeur me met de l’eye liner, un peu de fard à paupière, hop, le tour est joué, j’enfile mon haut qui tient chaud, je l’enfile n’importe comment,  et je monte dans le véhicule. Il est en panne. Mon frère nous recharge les batteries. J’oublie les décos pour les voitures, les ballons, les appareils à bulle pour la sortie de l’église, les alliances. On revient, je récupère les alliances, elles roulent sous le C25, je les ramasse, je remonte, j’oublie le fleuriste: Michel va chercher les fleurs pour moi. On s’arrête sur le bord de la route, il me donne mon bouquet, je mets mon voile (taché) de travers… Il y a un accident, le policier nous arrête: « vous savez (… je n’ai pas ma ceinture), c’est interdit de se marier le 24 décembre (ouf) », un vrai rigolo; il nous fait passer, on roule pour la première fois (allez peut-être la troisième) à 130 avec le vieux C25 (qui tombe en panne à l’arrivée à Hyères). On arrive en retard: personne quand je descends de la voiture, tout le monde est à l’intérieur. On traine un peu et l’adjoint au maire et l’officier d’état civil nous font un truc sympa, avec un peu de La Fontaine et de textes de lois, entre deux cris de Jean (le bébé officiel de la famille: 16 mois).

On marche vers l’église, l’organiste est en retard. On attends. C’est le premier (et le dernier) jour de soleil depuis un moment, il y a un vent terrible. La sacristine vient jouer son rôle (elle le joue vraiment très bien…): chèque? papier mairie? L’organiste est là, et Loïc et sa mère marchent vers l’autel. L’église est immensément vide. J’ai le temps de la contempler en marchant. J’embrasse mon père et me place à la gauche de Loïc -deux fauteuils rouges pompeux entre nous, la distance est terrible. Nous écoutons les lectures, et se rendons compte qu’un débriefing sur l’ordre de passage n’aurait pas été de trop. Nous écoutons Gaëtan, qui nous parle des noces de Cana. Nous échangeons nos consentements et Loïc, qui ne voulait pas répéter, garder vierge cette question: « Ambre, veux-tu être ma femme? », la zappe. Je lui souffle, Gaëtan sourit et dit que c’est l’émotion. Moi je suis une fille, alors, comme à l’école, je récite bien. Quand nous faisons notre prière, Loïc n’arrive pas à lire, on prononce ensemble une sorte de charabia magique. Quand nous allons offrir à la Vierge mon bouquet dans la petite chapelle, personne ne comprend qu’il faut nous suivre. Quand nous récitons le notre Père, le miracle du raccourci intervient: tout le monde coupe comme d’un accord le dernier paragraphe. Amen.

Nous sortons de l’église et il n’y rien à lancer, alors on s’embrasse, les cheveux dans le vent. On traverse le marché de Noël pour aller jusqu’au chalet du Père Noël, qui veut bien prendre des photos avec nous (un pingouin s’incruste sur la photo).

On va à la petite salle derrière l’église, que la paroisse nous loue. C’est la bibliothèque. C’est l’heure du champagne et du foie gras. Les ballons, restés dans la voiture, s’envolent à l’ouverture des portes, et suivent leur propre destin.
On part pour le jardin et allons finalement à la plage. Certains se perdent en route. Nous arrivons les derniers à la maison, quand nous aurions dû être les premiers. Le cortège, ce sera pour la prochaine fois. Michel se fait aspirer par une vague. Il conduira les pieds trempés, ça lui apprendra à prendre des photos les pieds dans le sable par jour de grand vent.

Chez mes parents, c’est la soirée qui commence, on attends les retardataires pour ouvrir le deuxième jéroboam de la journée, plus tard on fait des holas pour se réchauffer dans la pièce ronde du bas, pour l’apéro. En haut, il y a la crèche géante qui attends nos têtes pour s’habiller, les deux cheminées, il fait bon, le repas de papa Didou est succulent, minuté, parfait, la danse des mariés est une catastrophe, les autres danses, déjantées.

Vers 5 heures la fête est finie, il faut penser aux enfants pour qui le Père Noël doit passer. Nous, on a déjà été bien gâtés.

Maintenant, je me dois de faire un post-scriptum pour préciser que j’ai adopté le style de pensée Daria, mais que mis à part le manque d’organisation, ce fût vraiment chouette (et oui, j’ai été émue quand Loïc m’a demandé…).

Grâce à qui? Grâce à vous:

Ambre et Loïc …

Ecrit par Ambre dans la catégorie France 4 Commentaires »

…unis pour la vie

Allez, je laisse le journal parler, cela fait bien longtemps maintenant que je ne sais plus quoi écrire.

De photos scannées

Les Grands Ours se marient

Ecrit par Ambre dans la catégorie France 5 Commentaires »

Voilà et maintenant je ne veux plus de commentaires sur le « 42″ hein… et ne vous moquez pas de cette photo, je ne dénoncerais pas l’esprit romantique de « didouanouchka », l’anonyme qui a pris cette photo…

Et la suite?

Ecrit par Ambre dans la catégorie France, LE PERIPLE, Le journal d Ambre 3 Commentaires »

5 novembre 2010.

Me voilà dans la salle Y’ je ne sais pas combien, assistant à une soutenance de thèse, troisième rang, les cheveux dorés par le soleil qui ne s’en ira définitivement que lorsque lui l’aura décidé. Oui, la jeune fille brune du rang numéro un, la niçoise blonde du jury, le président de l’université, ou plutôt non, ces trois là, trois cerveaux réunis, n’auront pas suffit à éteindre le soleil derrière les rideaux. Il est derrière moi, irréductible, tandis que l’avant de la pièce est plongé dans le noir -et la totalité, dans un rire retenu, alors que le président parisien du jury tente de placer un discours efficace dans une écoute fragilisée, après plus de deux heures de parlementations. L’écoute s’affaiblit, tandis que les cerveaux de notre société jouent avec le silence et les lumières, au lieu de les maitriser. La soutenance d’une thèse est bien le prétexte au théâtre. Plus de deux heures que la séance a commencé, et je me mets à cheminer indépendamment de ce que j’entends. Ce matin, un petit mot glissé sur le blog pour reprocher l’absence de « bilan », de « suite », à notre blog de voyage.

De quoi vous parler aujourd’hui? De la thèse de cette fille superbe, yeux troublants, troublés, profil dominateur aux éclats de bourgeoisie boudeuse, se penchant, s’étant penché pendant quatre ans, sur les classes sociales durant l’époque victorienne dans la ville de Bristol? Du jury, quatre profs, dont les quatre profils anticipent le discours intellectuel, l’orientation différente et complémentaire de chacune de leur position? Mr M., merci pour votre intervention qui élève les débats à des airs inaccessibles. L’espoir de la pensée est passionnant.
De quoi parler? De ce monde que l’on fait, défait, refait sur des petits sièges en bois clair, derrière des fenêtres sales et des rideaux électriques indomptables, ou dehors, là-bas, là-haut, ailleurs? Il y a beaucoup à penser, des choses à dire et à croire, mais quoi écrire qui vaille la peine d’être lu?
Le blog continue, à un autre rythme. La vie reprend « normalement ». Je me brosse plus souvent les cheveux, et les dents aussi, d’ailleurs. Un voyage-parenthèse? Oui, comme la vie. Un bilan? Non. Ce n’est pas pour rien si je ne suis pas en train de faire une thèse, et seulement d’y assister, passive: libre. Pas de plan, pas de tripartition, le voyage c’est la vie, c’est tout. Et pourtant, jurys de ce blog, me direz-vous, pourquoi alors avoir quitté la France un an, pas plus, pourquoi une forme, tout de même,  à ce périple?
Parce que voyager n’est pas autre chose que de se brosser les cheveux, et les dents aussi, d’ailleurs. Hier, j’ai acheté du dentifrice, »Signal », 1 euro 24 le format familial, à ED. J’ai aussi pris des croquettes pour les chats, du café « Brésil » (surement pas du commerce équitable), et en rentrant, j’ai fait un gâteau au yaourt pour Michel, qui a 20h00, s’est pointé pour nous faire danser. Papa est rentré du boulot a vélo, comme d’habitude. Maman était déjà là, aspirant. Loïc est rentré du b oulot, un peu de retard, après être passé à Brignoles acheter de la bière et une carte mère. Moi,  j’ai bouclé le travail graphique pour une asso chrétienne, bouclé mes faire-part, allumé le feu. Demain, je taperai cet article, je dessinerai encore les plans d’un projet qui ne prendra peut-être jamais forme, j’imprimerai encore quelques CV… et j’irai pique niquer au bord de la grande bleue.
C’est ça, le voyage. Et j’espère que celui que je suis en train de faire au pays des thésards est bientôt terminé.

La France-surprise

Ecrit par Ambre dans la catégorie France 2 Commentaires »

Il y a des choses qui ne surprennent plus en France. Et pourtant, on aime bien,on continue, on essaie, d’être surpris.

« Excusez moi, notre train est à 6h42… mais il n’apparaît pas sur l’affichage, c’est normal?

- Oui. C’est la grève.

-Aaaah! La grève! oui, j’avais oublié…

-cela dit vous ne serez pas pénalisés. Le train suivant pour Marseille est à 8h16.

-…Merci »

Le reste de la journée est une succession de reports. Quand nous arrivons à Marseille, il n’y a pas de bus pour le var. Nous trouvons un bus pour Aubagne grâce à l’un de ces nombreux marseillais dont j’adore (non mais vraiment!) l’allure: lunettes au dessus des sourcils (il y a des choses que les gens normaux ne peuvent pas comprendre: c’est une histoire de limite, de frontières, de libertés conceptuelles dédiées à des réflexes politico-psychologico-sociologico-scientifiques: porter le string au dessus du jean, le ventre au dessus de l’ultime bouton, le pantalon au dessous des fesses ou le short au dessus du pli), je disais donc, les lunettes noires au dessus des sourcils, entre la ride frontale de la quarantaine et le cheveux salé de la quarantaine passée, l’œil toujours prêt à cligner pour une fille, le stylo dans la poche de veste, la veste noire… très noire: c’est important. Contre le poteau de l’arrêt de bus, l’homme nous renseigne, et comme on dit chez nous, franchement, il le fait bien. J’aime à Marseille cet air détaché et important que se donnent les gentils du quartier. Oui, franchement, ils ont le sourire, ils l’ont pour vous montrer leurs dents, n’empêche qu’il est là, et qu’il vous aide volontiers. Ainsi donc, nous trouvons un bus pour Aubagne, et le chauffeur qui a choisi de porter les lunettes noires sur les yeux, la moustache au dessus de la bouche et les cheveux derrière les oreilles (tout comme il faut), nous donne à son tour toutes les informations nécessaires pour voyager gratuitement d’Aubagne à Saint-Zacharie, avec le nouveau système des transports entre les Bouches-du-Rhône et le Var. Nous arrivons à l’arrêt « Saint-Zacharie ZI » , et nous décidons de faire du stop. En fait, nous n’avons le temps que d’envisager cette décision quand, traversant la route pour nous trouver du bon côté, nous tendons notre premier pouce: la voiture bleue nous est particulièrement familière -c’est la vieille golf de Loïc.
Un instant, on pense être dans « Cars », ou « transformers », on se dit, comme ça, un millième de seconde, que la golf pourrait avoir son propre cœur et qu’elle serait venue nous chercher. Allez, en fait il y en a deux à l’intérieur, et ce sont ceux des parents de Loïc. La vraie surprise, ce sera pour la prochaine fois. Mais franchement, c’est déjà pas mal, non?

Les choux c’est chouette

Ecrit par Ambre dans la catégorie Belgique 1 Commentaire »

Si vous passez par Bruxelles, on vous dira souvent « c’est chouette ».  On vous dira aussi « à tantôt », et surtout: « tu prendras bien une frite? ». Ne soyez pas tentés de répondre « non, deux », car vous ne serez pas capable de finir « une frite ». Une frite, à Bruxelles, c’est un cornet énorme de frites bien grasses et bien salées. Il se pourrait même que, comme nous, vous tombiez sur le vendeur de frite philosophe qui, derrière son tablier, cacherait toute une réflexion sur l’amitié, la taquinerie, la frite, quoi. Au choix, vous pouvez aussi emporter des saucisses fries, la fameuse fricadelle, des gaufres et toute sortes de mets lourds.. et étrangement, tentants. La bière, quand à elle, fait envie et ne déçoit pas.
La ville, oui, est jolie. Un peu plate, un peu stressée, un peu vide, pleine de bouquinistes et d’art à chaque coin de rue. Pleine de bars où l’on a envie de s’assoir et de se mettre à écrire un roman exotique avec des lunettes noires à grand angle sans verres. Bref, légèrement, mais très légèrement, folle. Bruxelles, une folie douce. Quelque chose comme ça, si proche de nous et si étrangère à nos habitudes: non mais ça ne va pas de mettre une statue de petite fille dont le sexe sert à alimenter une fontaine en eau? Le petit garçon, le maneken pis chaque fois déguisé (et cette fois en urgentiste), passe encore, mais là… qu’on l’habille! Bruxelles est drôle. Elle est chouette. Merci Messaline et Clément. Et pour les choux, on reviendra.

<table style= »width:auto; »><tr><td><a href= »http://picasaweb.google.com/lh/photo/2FvAa13lS-LxXtp-mDEtyQ?feat=embedwebsite »><img src= »http://lh5.ggpht.com/_66u_NulLV8s/TJc96hKP_dI/AAAAAAAAIow/fgJxYrCffd0/s144/P1020525.JPG » /></a></td></tr><tr><td style= »font-family:arial,sans-serif; font-size:11px; text-align:right »>De <a href= »http://picasaweb.google.com/lesgrandsours/Belgique?feat=embedwebsite »>Belgique</a></td></tr></table>

Le choc anti-culturel

Ecrit par Ambre dans la catégorie France 6 Commentaires »

Le premier choc du retour, pour Loïc, c’est celui contre le rebord de la piscine.

La tête en sang, il arrive aux U.

Chez là où on va quand c’est urgent

« Bonsoir.

De l’autre côté de la vitre, l’équipe de choc (c’est le cas de le dire) poursuit sa discussion (ne jamais interrompre ce qui a été commencé). Au bout de quelques minutes, le jeune homme, très souriant et sympathique, pose son regard sur nous.

-qu’est ce qui vous emmène (ah.ah.ah)?

-je me suis ouvert le front.

-ah oui effectivement. Alors, va me falloire carte vitale et d’identité.

-euh… je ne suis plus couvert par l’assurance maladie. On peut utiliser celle de quelqu’un d’autre? »

- ouais ouais (il photocopie le passeport de Loic)

Entre Loïc et moi: moi: « mais alors il est OK pour qu’on utilise une autre carte? » Loic: « oui oui, il a dit oui » « t’es sûr? » Et c’est là qu’on se rend compte que les français sont aussi polis que les indiens et les chinois: ils disent oui, même si c’est non.

-Excusez moi: alors on peut utiliser une autre carte?

-AH AH AH ah non.

-Comment on peut faire?

- Ben… je vous fait passer avec le médecin de garde, il vous recoud, et vous donne une feuille de soin. Pas sûr que vous soyez remboursés.

-Ah..bon, tant pis.

-Voilà, c’est juste à votre droite, le médecin va vous recevoir, en plus ya personne devant vous. »

Il part (en même temps que tous les autres) en pause cigarette.

Une heure et demi après, le médecin nous reçoit. Il y avait deux personnes devant  nous, et fort heureusement, dans la salle d’attente, un puzzle dix pièces Winnie l’ourson. Loïc va bien. Pour la première fois de sa vie, il porte la burqa, et un saucisson entre les deux yeux.

Chez Là où on poste le courrier.

« Bonjour Madame, je voudrais envoyer un courrier avec accusé de réception. »

« BONJOUR! Madame! je voudrais envoyer un courrier! »

… « mmm oui. C’est pour quoi? »

« …Envoyer un courrier avec accusé de réception. »

« mmm. »

Elle glisse le formulaire sous la petite fenêtre anti-contamination-client.
Je remplis le formulaire. Lui rends.

« Quatreu eurog trenteu »

Je lui tend l’argent. Elle prend la lettre, le formulaire (qu’elle ne colle pas -pourquoi ne pas remettre à plus tard quand on peut le faire tout de suite?).

« voilà! »

« ça part tout de suite? »

« voui voui »

Chez là où on achète le pain

Chez le boulanger, c’est mieux. Il y a toujours l’accent, le pain qu’on vous donne en chantant, mais surtout, DU PAIN! et pas n importe lequel! (j’en profite pour faire une pub pour cette excellente boulangerie de Pignans, face à la boucherie et à côté du kiosque à journaux). Le hic, ce sont les horaires. A 13h, il est déjà trop tard pour acheter son pain. A 15h50, il est encore trop tôt. Et ne vous avisez pas de venir chercher la baguette du soir après 19h. La qualité de vie en Provence, elle est surtout pour le commerçant.

Chez là où il n’y a qu’un pas de la maison à l’apéro

Chez le voisin, on se régale. L’apéro, c’est a peu près l’équivalent de trois repas fois deux jours dans un autre pays.

Chez là où l’hotel il a pas de chambre

A la M., on découvre le sens du travail (du bureau à la maison).

« bonjour madame nous venons déposer le dossier »

« grmf. »

« voilà les documents… »

« bon c’est pour kelle heureu aloreu? »

« eh bien, nous pensions à 13h… »

« olala treizeu heureu cétunpeu tôt nong? »

 » c’est possible ou non? »

« ah bennnn je vous dit cétun peu tôt, il faut manger madame … attendez je regardeu qui c’est à cette date … ah. Ah! C’est Mr C… ah ben… lui, bon, je sais pas mais il mange entre midi et quatorze heureu, normale quoi. »

« disons 13h30 alors? »

« ôo il se débrouillera bien de venir.. »

 » oui mais vous êtes bien ouverts toute la journée non stop non? »

« ah ben voui vous voyé bien que je suis en train de travailler là madame, mézil faut bien manger aussi! allez, va pour treize heures trenteu. Maintenant je vérifie le dossier. Bon, très bien, très bien, mmm hmm d’accord..Bon ben au revoir alors, toutédans l’ordre »

« et… pour le lieu de rendez-vous? »

« beng vous veneg le jour prévu dix minutes avant devant la salle, à votre gauche en sortant »

« merci madame »

« ah ben de rieng hein »

Chez là où on se fait ordonner

Chez le m., il y a d’abord la salle d’attente. Et vous aurez beau vous plonger dans un magazine, vous n’y échapperez pas.

Dehors, au loin, fermement:

« Alors Hugo, quand on entre, tu éteins ta DS. Et pas de discussion. »

La maman et le petit garçon entrent.

« Bonjour »

"Bonzour"
« Bonjoure »

« Bonjour »

« BONJOURG »

Le petit Hugo joue (fermement) à la DS. La maman lit « ELLE ».

Pas lourds sur le gravier. Un homme entre.

« AAAA AA CA ALORS! TOI LA? Ben alors tié de retour dis oh! eh ben c’est bien ça! Alors comment ça va papa? Et maman? Ah elle est toujours aussi belle ta mère té. Et le voyage alors? ah oué tia habité à Paris! Oh mon pauvre ç’a ddu être terrible! ah bon ah Paris c’est bien pfoué je sé pas moi oh. oh tia vu les incendies? ça brûle de partout! L’autre joureu j’été sur mon bateau là et je regarde et là je vois la ville et paf derrière, le charbon. Tout noir dit oh. Hier c’était aux Mayons… »

Un nouveau patient vient de s’assoir, oeil de pirate pour la paix (coton blanc sur l’oeil droit).

« Ah c’est pas à Pignans kia un feu? »

(moi dans ma tête: ouaaaaa ils parlent de mon village et ils connaissent le nom! INCROYABLE)

La discussion se poursuit et je ne sais pas comment mais on en vient à parler des milliardaires.

« Ah ouais mé attend c’est pas facile de gagner le loto après tié déboussolé hé, tu reçoit plein d’appels, tu dépenses tout. Pff moi je les envie pas té. »

« ah et vous connaissez cette vieille là je sé plus son nom vers Nice la vieille là elle a une fortune et elle dit les hommes c’est des cons quand je vois ce qu’ils font et tout et là elle lègue tout à vous savez qui à la SPA »

Dans un élan de solidarité villageoise, j’interviens: « Remarquez à mon avis l’argent donné à la SPA, tant qu’il n’y aura pas de chien pour gérer les dons, il va aux hommes »

« ah ben bien sûr c’est sûr d’ailleure vous savé qu’à Marseille izon déposé bilan hein! des millions détounés oh! »

« ah ouais »

« sisi ouais voyez pas à Marseille à côté du… »

C’est le tour de Loïc. Le m. nous reçoit.

tut tut tut tit Le portable sonne et il répond. Il fait son pronostic, mais pas n’importe lequel: le pronostic avé l’accent.

« Ah t’as voyagé cette année ah c’est sympa ça, vraiment, c’est sympa. Alors les gens, y sont accueillant là-bas? »

 » Oui, enfin, comme partout, c’est des gens normaux quoi, pas les gens du mythe qu’on alimente en Europe »

« moi je me souviens en Inde ah là bas y sont vraiment accueillants je me souviens on était dans la calèche et les indiens ils nous couraient après pour nous voir. Mais c’était il y a trente ans. »

Ca n’a pas changé.

Bienvenue en France!

Ecrit par Ambre dans la catégorie France, LE PERIPLE 3 Commentaires »

Bienvenue en France!C’est ainsi que nous avons été accueilli à la gare de Marseille, une bouteille de champagne rosé et un immense drapeau français à la main…
Après une nuit à l’aéroport de Londres passée à se demander: mais comment va-t-on faire??, nous avons opté pour l’option: billet d’avion Londres/Paris et TGV Paris/Marseille. Solution la moins chère, la plus rapide. Pas de visite de Londres donc, mais on vous promet de rapidement remédier à ce manquement. Nous nous sommes envolés pour Paris le 16 à 9h, avons atterri sous la pluie vers 11h. Paris triste et froide, nous avons filé par le premier TGV (et appris par la même occasion que la gare de Roissy compte sa propre gare de train) pour Marseille. Billets achetés à 12h59, départ du train à 13h01: « Bonjour messieurs dames que puis-je faire pour vous? Aurevoir messieurs dames, passez une bonne journée »… Je ne vous dit pas à quel point ces phrases ont résonné étrangement dans nos oreilles! Du français! Nous sommes montés dans le train comme deux petits animaux déstabilisés par les sons connus/inconnus bruissants parmi les poils invisibles de leurs oreilles. Nous avons demandé à un groupe de jeunes installés dans notre wagon si nous pouvions utiliser leur téléphone pour prévenir nos parents de notre arrivée. « Pas de problème! » Ouf! Les français sont sympas! Et le TGV, d’un luxe!!! Nous avons voyagé avec des congolais aux accents rigolos derrière nous, devant, deux femmes silencieusement endormies, et à leur gauche, une famille qui m’a fait sourire tout le trajet. « Papa! Papa! regarde c’est la fée clochette. TRallalilalal la fée clochette part à la rencontre de Roberto le jardinier »… » chhhht parle moins fort, Fabio!! ». A Lyon, les congolais ont été remplacés par un groupe d’adolescent dont les accompagnateurs étaient des adolescents un peu plus agés. « Ladies and Gentleman, we are arriving in Lyon station, please be ready… » « kesidi lui? » « ben i parle anglé » « anglé c koi ça? je parle pas englé moi! » « ben oui mé cé pour les étrangé parce kil parle anglé » « ben moi osi si jvé à l’étrangé je sui étrangé » « ah ouais. » « papapâââa comme elle é méchante la gare d Aix! » « ah oui elle est très jolie ». Bienvenue à Marseille! J’ai le sourire fixé aux lèvres et je suis heureuse d’arriver en territoire coloré. Il pleut à Paris, il pleut à Lyon, mais il fait un temps superbe à Marseille. Nous passons devant la Sainte Victoire, ça sent Cézanne et la garrigue, on passe devant le château de ma mère, ça sent Pagnol, on surplombe la mer et je me dit que la France, que le Sud ne m’a jamais quitté. Je le retrouve enfin, je le quitterai encore et il me demandera pourquoi. C’est si beau…